Travailler en figuration cinéma et télévision

Travailler comme figurant! C'est quand même un fascinant sujet, une étape difficile à contourner, partie prenante du cursus de beaucoup de comédiens entamant leur parcours. Il est assez rare que des acteurs actifs dans leur milieu ne soient pas passés par la case figuration. Je discute régulièrement sur le sujet, autant avec des collègues qu’avec des clients en consultation. J'ai donc ici envie de vous partager mon expérience en la matière, mon vécu et mes opinions sur le tout.

Manifestement, la figuration est essentielle à presque toute oeuvre cinématographique ou télévisuelle. Elle sert à créer l'ambiance avec réalisme. L'importance si grande de la figuration dans une oeuvre n'est pourtant pas à l'image de l'importance accordée aux figurants sur la plupart des plateaux, avouons-le-nous. Mais c'est en fait chose normale. Le plateau de tournage est un système hiérarchique : tout le monde doit connaître sa place et y demeurer. C'est ce qui assure le bon fonctionnement. Et le figurant se situe au bas de l'échelle, c'est ainsi et il est préférable de faire avec (ce qui ne veut pas dire de tolérer le non-respect de sa personne, et encore moins si par hasard vous êtes bénévole sur un projet non syndiqué... je m'octroie cette parenthèse.)

Je me permets de segmenter les figurants en deux profils types.

D'abord, on retrouve ceux appelés « figurants professionnels », des gens qui n’ont pas l’aspiration de devenir acteurs et aucune visée en ce sens, et qui considèrent la figuration comme leur emploi à temps partiel. Ils sont souvent des travailleurs autonomes dans un autre domaine qui veulent faire un ajout à leurs revenus, ou encore, des retraités qui désirent demeurer occupés. Et certains figurants le sont carrément à temps plein (si on parle de productions sous juridiction des syndicats Union des artistes et ACTRA, les cachets possibles dans ce domaine sont loin d'être inintéressants. Et davantage du côté ACTRA.)

Ensuite, on y trouve les comédiens professionnels et ceux en voie de professionnalisation. Ces derniers veulent travailler sur un plateau de tournage, et évidemment, obtenir des revenus.

Selon moi, faire de la figuration à la télévision ou au cinéma ne fait en aucun cas avancer une carrière de comédien. Et inversement, cela ne nuit absolument pas à quelqu'un qui veut faire carrière, à moins qu'il ne publicise fortement le fait qu'il en fasse. Il n'y a aucune honte à travailler en tant que figurant,  mais il est préférable d’envoyer un message clair sur nos objectifs aux gens de l’industrie, projeter l'image de notre démarche (CV, réseaux sociaux, etc.) Certains comédiens qui entament leur cheminement professionnel s'abstiennent de faire de la figuration alors qu'ils n'ont aucun autre travail d’artiste parce qu'ils croient que cela nuit à une carrière. Sachez que les directeurs de casting ne considèrent pas moins que l'on est acteur parce qu'on accepte d'en faire de temps à autre. Ils veulent nous aider à faire des revenus d'appoint et à demeurer actifs en nous en offrant.

D’autres acteurs, en manque de l’humilité si nécessaire à l’émancipation dans cette carrière, n’envisagent pas, ne serait-ce que quelques journées au minimum, travailler en tant que figurants, car ils sont « formés comme acteurs » donc au-dessus de ce niveau. La vérité est que nul ne commence au sommet. Pour faire un parallèle, ceci est un peu à l'image de ceux qui veulent être considérés sur des rôles d’importance sans jamais avoir été engagés sur des 2e ou 3e rôles auparavant. En résulte une terrible perte de temps et d’expérience. Avoir dans son fantasme un désir ardent pour un but précis est on ne peut plus normal et bienvenu, mais ne pas vouloir parcourir et apprécier le chemin pour y arriver ouvre souvent une porte vers l’amertume. En gros, laissez tomber la pensée magique… cette carrière prend plusieurs années à monter. Et « plusieurs » ne signifient pas seulement 3 ou 4.

Comme je le mentionnais, travailler en figuration n’apporte rien de spécial pour mousser une carrière de comédien à proprement parler. J'y vois tout de même certains aspects intéressants qui peuvent créer bon nombre de possibilités, un partage de connaissances, donc une forme d'avancement pour celui qui a un parcours de comédien. Pour ma part, j'ai fait de la figuration pendant des années, ce qui, dans un premier temps, m'a donné des revenus très conséquents et a augmenté considérablement ma moyenne UDA en la matière, donc tous les avantages associés. C’était mon deuxième job à temps partiel, si je puis dire… et beaucoup plus payant que le quasi-salaire minimum que j'avais en entreprise à cette époque. Deuxièmement, cela m'a donné de l'expérience. Lorsqu'est venu le jour où j'ai obtenu un petit rôle, je n'avais aucune question à poser le jour J. Je connaissais le vocabulaire employé sur un plateau ainsi que la logistique propre à celui-ci (et dans ce métier, j’ai toujours personnellement préconisé n’avoir justement aucune question à poser à moins d’urgence, d’avoir l’air de connaître mon affaire comme un vétéran). Et troisièmement, faire de la figuration m'a permis de rencontrer d'autres comédiens-figurants qui devinrent de futurs collaborateurs en or. Il s’agit donc ici d’un grand moyen d'améliorer son réseau de contacts. Tous ces aspects sont quant à moi non négligeables. J'ai effectivement préféré travailler proche de mon milieu qu'éloignée de celui-ci.

Pour ce qui est de l'idée reçue que les réalisateurs pourraient à vie vous considérer figurant, eh bien, sachez qu'ils n'ont pas le temps de prendre conscience de votre présence. Même s'ils vous voient, ils ne vous voient pas (ils ont un milliard d'autres choses à gérer). Et même si c'était le cas, en aucun cas ils se diraient que vous êtes une personne qui n’a pas le niveau pour jouer. Le jeu d'acteur et la figuration sont des domaines assez séparés somme toute. L'un n'empêche pas l'autre, à moins de publiciser notre travail en figuration ou de prendre de la place. Ce n'est pas l'endroit pour tenter de briller. Je ne dis pas qu'il est impossible de se faire offrir un rôle d'une réplique alors que l'on était appelé en tant que figurant à la base : tout se peut. Mais y aller avec cet objectif en tête n'est certainement pas la chose la plus saine.

Sans parler du fait qu'une journée de figuration est l'occasion de rentabiliser son temps. Dans les moments plus morts (donc souvent), je m’occupais de la production de mon spectacle et de toute la paperasse, tandis qu'un autre artiste vaquait à ses écrits ou qu'un élève terminait ses devoirs. À bien y penser, je dirais que j’ai fait de la figuration en m'occupant de me développer comme artiste. 

Croyez-le ou non, un comédien appelé comme figurant fait un travail beaucoup plus prenant qu'un comédien qui vient faire un rôle de quelques répliques. En effet, le figurant doit rester sur place toute la journée : être présent constamment tout comme répéter des actions similaires est exténuant. Attendre et ne rien faire dans les temps morts est éreintant mentalement. Ce pour quoi il vaut mieux s'apporter de l'occupation qui nous donne l'impression d'utiliser ce temps à bon escient.

D'autre part, certains comédiens en devenir sont excessivement heureux d'avoir obtenu leurs premiers contrats de figuration (et avec raison, c'est un beau premier pas), sauf que certains d'entre eux sont trop heureux, si on veut… Ils préconisent un comportement qui laisse croire qu'il serait possible d'avoir un débouché comme acteur, de se faire remarquer par les producteurs et de percer à Hollywood sous peu. Ceux-là prennent énormément de place et veulent être vus. Ils tentent d'aller parler de leurs projets de vie aux comédiens-vedettes, prennent des photos constamment sur le plateau, photos et commentaires qui évidemment se retrouvent rapidement sur les réseaux sociaux. Il va sans dire que cette désillusion ne mène à rien, n'a rien à voir avec travailler en conservant des objectifs artistiques en tête. Cela entache une réputation. Concernant ceci, je ne peux m'empêcher de référer à la délicieuse série The Extras, mettant en vedette le tout aussi délicieux Ricky Gervais. Si vous avez la chance de vous la procurer... ça vaut la peine d'être vu!

Pour ma part, cesser de faire de la figuration au cinéma ou en télévision s’est avéré une évidence à un certain moment donné. Je n'avais plus de plaisir à en faire. J’en étais rendue à vouloir plus d'heures dans un boulot nourricier sous-payé : énorme signal d'alarme! Je n'apprenais plus rien de nouveau, j'avais commencé à avoir des 3e rôles et entamé la production de mes projets, etc. Alors qu'avant j'y rentabilisais mon temps, j'avais désormais l'impression d'en perdre. En général, quand je sens que je sors de ma zone d'apprentissage, que je stagne ou que je n’ai pas un enthousiasme à me lever le matin, c’est un signe notoire qu’il faut que je laisse place à une prochaine étape de vie sans revenir derrière.

Êtes-vous ou avez-vous été actif en figuration récemment? N'hésitez pas à me partager votre vécu et me nourrir de vos réflexions sur le sujet!

Vous pouvez me suivre et commenter sur ma page www.facebook.com/ElizabethAnneArtiste 

Meilleures pensées artistiques!

 

Texte d’Elizabeth Anne