Le sociofinancement

Précieux pour les créatifs porteurs de projets : le sociofinancement. Une rencontre fascinante avec Louis-Maxime Lockwell, d'Ulule Canada.

Curieuse et intéressée d'en savoir davantage sur le financement participatif, autant dans un but personnel que pour recueillir de l'information utile à mes quelques artistes-entrepreneurs que je reçois en coaching de carrière, je me suis empressée d'accepter une invitation à un Café Croissant, lancée par Louis-Maxime Lockwell, directeur des projets chez Ulule Canada. Ce petit-déjeuner fort sympathique du mardi matin est en fait une présentation organisée hebdomadairement, ouverte à tous et toutes, qui dresse un portrait sur les fondements du sociofinancement, moyen de plus en plus prisé par les créatifs de tous horizons afin de parvenir à réaliser leurs ambitions. L’idée de cette rencontre m'interpelle grandement puisque pour une fois, le domaine du crowdfunding revêt un visage humain et permet donc un échange en dehors du virtuel. Et Lockwell me plait pas mal, il faut dire. L’histoire de son vécu, sa passion, sa générosité, et sa bouille de papa Noël, en effet, me fascinent. Il n'en faut pas plus pour que j'aie l'idée de faire de tout cela un sujet d’article, et que je lui demande, par le fait même, une entrevue plus personnalisée.

Lorsque je lui demande comment l’on devient directeur d’une entreprise de financement participatif qui appuie des milliers de projets par année,  Louis-Maxime Lockwell, 43 ans, me raconte que lui-même s’est toujours considéré comme étant un «homme de projets».  D’abord voué à un cursus de comédien et conteur, l’homme, qui a quitté sa Rive-Sud de Québec natale pour la faune montréalaise bigarrée qui le captivait, a ensuite bifurqué vers du travail comme animateur en organismes communautaires, en passant par de la gestion et du développement de différentes startups de la métropole. Il a de surcroît oeuvré comme intervenant auprès de jeunes de quartiers chauds, puis comme conseiller à l’emploi, pour ne nommer que quelques chapeaux qu’il a portés : « Je n’ai jamais eu de job, dans la vie, que je n’aimais pas. Et j’ai toujours eu plein d’histoires à raconter! » Lockwell, en effet, se qualifie lui-même de «multipotentialiste», pour reprendre l’expression de ce concept dans le lequel je me reconnais grandement moi-même. Le multipotentialiste n’adhère psychologiquement pas à la notion de spécialisation, ou de carrière linéaire à vocation unique : « J’aime tout! J’aime plein d’affaires. C’est comme… si tu fais un choix, tu as l’impression d’abandonner huit autres choix. Ce peut être très anxiogène. » 

MOI : « Tu diriges donc maintenant plein de projets! »

« Je suis directeur des projets chez Ulule. Est-ce que ça fit un peu?! » s’exclame-t-il, d’un ton amusé. « J’accueille des porteurs de projets. Il y a une foule de thématiques que l'on couvre en sociofinancement. Pour donner quelques exemples, il y a l’entrepreneuriat, il y a tout ce qui est solidaire et citoyen. Il y a aussi tout ce qui est culturel, artistique : film et vidéo, mode, arts graphiques, édition de livres, artisanat, musique, etc. »  Quand je le somme de m’offrir une définition élémentaire de ce qu’est le financement participatif, Louis-Maxime Lockwell me déballe tout de go : « Un créateur monte un projet intéressant vers son réseau à lui pour financer son projet, pour créer une notoriété, pour créer un buzz autour de son idée, une communauté, en fait. Et au lieu d’avoir seulement comme option de se retourner vers une banque qui va demander l'équité, vers un ange financier, ou encore vers un subventionneur, le créateur a désormais une alternative de plus qui lui confère du pouvoir en tout point. C'est ça, le principe du sociofinancement. Tu lèves des fonds, oui, certes, mais ce n'est pas tant ça. Parce que la première ressource dont tu as besoin, ce n'est pas le cash, c'est le monde. C'est les humains qui sont autour de ton projet qui déterminent si ton projet a de la valeur et s'il est méritant, et, oui, l'argent va suivre. »

MOI : « Quels sont les critères qui t'aiguillent et te disent si un projet a du potentiel en sociofinancement? »

LOUIS-MAXIME : « En fait, je pars toujours de la matière première, et c'est le porteur du projet. Je peux être avec un porteur de projet qui est vrai, et qui a une idée vraie, mais qui n'a aucun réseau. Alors, je vais avoir envie de l'aider à se monter un réseau avant de lancer sa campagne. Il y a des gens qui vont avoir un giga réseau, mais quand j’écoute parler du projet, je ne trouve pas qu’il est vrai. À ce moment-là, je vais sûrement le prendre, mais je vais guider vers une présentation qui est plus vraie. On reçoit 2000 projets par mois chez Ulule dans le monde. On en accepte à la première étape à peu près 75 %. Il y a comme un 25 % à qui on demande de retravailler leurs trucs selon différents critères… »

MOI : « Quel genre d’investissement est-ce que de démarrer une campagne pour un créateur de projet? »

LOUIS-MAXIME : « En fait, on fait des Café Croissant, chez Ulule, à tous les mardis. Et là, on explique vraiment les bases, comment faire, etc. Et c’est le reality check. Il y a comme un test de validation que les porteurs de projets font. Il y a des porteurs de projets qui sortent de là en disant : “Wow, c’est bien plus cool et bien plus le fun que je pensais!” Et il y en a qui sortent de la même rencontre en disant : “Oh My God, c’est bien plus tough que je pensais!” Mais en fait, c’est une belle grosse tempête de deux mois, une campagne de sociofinancement. Ça peut être le fun, une tempête! En même temps, ton projet, il va devenir vivant. Là, tu n’es plus dans ton sous-sol. C’est un bon feeling. »

MOI : « Comment choisit-on la bonne plateforme pour son projet? »

LOUIS-MAXIME : «Il y a une question de feeling par rapport à ta plateforme, il faut visiter. Dans les plateformes locales, au Québec, il y a Haricot. Ils sont montréalais et sont là depuis longtemps. Il y a aussi La Ruche, née dans la région de Québec. Aux États-Unis, les deux plus grosses, c’est Indiegogo et Kickstarter. Il y a Ulule, bien sûr, qui est locale, qui est une incorporation ici désormais. C’est la plus grosse plateforme francophone du monde, quand même. »

MOI : « Comment est-elle née? En France, n’est-ce pas? »

LOUIS-MAXIME : « Oui, elle est née en France. C’est Alexandre Boucherot, qui est le cofondateur, qui a lancé la plateforme en France. On vient de franchir les douze mille et quelques projets réussis. Un million d’utilisateurs dans 175 pays, c’est quand même important. C’est lancé en France, mais le cofondateur vit maintenant à Montréal. Il a lancé, en avril 2015, la plateforme ici. C’est une entreprise canadienne, c’est Ulule Canada, mais en fait, on utilise toute l’expertise et toute l’équipe Ulule France. »

MOI : « Ce que je note surtout, c’est le côté humain qui semble privilégié chez vous. À la base, je n’aurais pas pensé pouvoir bénéficier de ce type de contact avec des gestionnaires de plateformes, honnêtement. »

LOUIS-MAXIME : « C’est ça. Le gros avantage d’Ulule en fait, c’est qu’il y a un support, il y a un suivi tout le long. Je pense que c’est ça, la grosse force d’Ulule. C’est qu’il y a quelqu’un qui est là dans le nid de la chouette et qui t’explique tous les boutons du panel de l’avion. Mais c’est toi qui as les mains sur le volant, c’est ton projet. J’en ai dirigé des projets, je sais c’est quoi frapper de plein front un mur parce que ça n’avance pas comme tu veux. Et il y a des fois où tu as besoin de quelqu’un qui va juste te donner une petite tape dans le dos, qui va dire : “Ça va, je le sais que c’est tough. On l’a perdue aujourd’hui, demain on va la gagner!”  C’est tout. Et c’est ça que j’offre. C’est ça qu’Ulule offre, en fait. C’est ça, moi, que je fais. Imagine! C’est tellement le fun, ce que j’ai à faire! »

MOI : « Peux-tu me dire, selon toi, ce qu’est une campagne de sociofinancement réussie? »

LOUIS-MAXIME : « Une campagne à succès, c’est une campagne qui a atteint son objectif. Si ton objectif est 1000 $, et que tu l’atteins, c’est une campagne à succès, en théorie. Moi je pense que le succès se détermine autrement que par l’argent ramassé. D’ailleurs, je pense que c’est la 4e raison pour faire une campagne, à mon avis. Je pense que la grande force, c’est quand un porteur de projet dit : “Wow, je me connais mieux!” après une campagne. Un peu comme un voyage : “J’ai eu des épreuves, mais tabarouette, je sors grandi de ça. Et j’ai repositionné un peu l’idée de mon projet. Et wow, maintenant, j’ai plein de nouveaux collaborateurs! J’ai plein de nouveaux fans!” Parce que tous les contributeurs qui t’aiment assez pour sortir leur carte de crédit et faire une contribution dans ton projet, c’est des gens qui veulent entendre parler de toi, qui t’aimes. Ils n’ont pas juste acheté ta gogosse. Ils sont dans ton navire, ils sont dans ton projet maintenant. C’est vraiment comme ça qu’il faut la bâtir, cette relation. On parle de se créer un réseau… eh bien, c’est l’ultime outil pour se créer un réseau. Puis après ça, tu vas de l’avant. Ton projet, il fait juste commencer quand il finit. Parce que là, tu vas livrer les contreparties, tu vas recroiser les gens, tu vas faire un party, les inviter à Noël, tu vas faire plein d’affaires. Puis ultimement, bien oui, tu as de l’argent […] Imagine, tu lances une campagne de sociofinancement pour une pièce de théâtre que tu as écrite. Tu as 150 personnes qui embarquent dans ton projet. Tu fais une lecture publique, etc. Quand tu t’en vas voir un théâtre [dans le but de vendre la pièce finale ou de la faire programmer] en disant : “Regarde, j’ai déjà fait ma lecture publique!” Tu as du stock-shot, tu as gens, tu as des commentaires. Quand tu arrives là, c’est donc complètement un autre niveau que de dire : “Ah, j’ai une pièce de théâtre dans mon tiroir, je pense que ça peut être cool.” Non, non! Là, c’est : “Je sais que c’est cool!” Ou bien : “C’était tellement à chier, je ne te la propose pas. Je l’ai testée.” Et ça ne t’a rien couté, tu as juste gonflé ton réseau, en fait. »

Aux termes de notre enrichissante discussion, Louis-Maxime Lockwell ne manque pas de réitérer son invitation à venir se familiariser avec les aléas du financement participatif. Les Café Croissant sont gratuits et ont lieu dans le quartier général d’Ulule, situé dans le convivial espace collaboratif Esplanade, au cœur du secteur Alexandra-Marconi (Mile-Ex), à Montréal. Des invitations sont émises régulièrement via la billetterie en ligne Eventbrite. Il s’agit donc du meilleur moyen de réserver sa place. Lockwell précise aussi qu’il est possible pour Ulule de se déplacer dans diverses entreprises afin de tenir cette présentation : « Quand il y a une dizaine ou une quinzaine de porteurs de projets dans une organisation, au lieu de leur dire de venir, on va aller vers eux avec plaisir. »

Et pour le créatif prêt à passer à l’action, il suffit de se rendre sur ulule.ca. On y trouve le bouton «Proposer un projet» et on loge ses informations dans les espaces dédiés. Et c’est ainsi que Louis-Maxime Lockwell rentre en contact avec tous les porteurs de projets du Québec.

Pour le contacter directement : lmlockwell@ulule.com

 

 

 

© Elizabeth Anne

Comédienne, chroniqueuse et coach de carrière artistique

www.ElizabethAnne.ca

Page Facebook de l’entreprise: https://www.facebook.com/ElizabethAnneArtiste/