Mes premiers 10 ans comme comédienne

Dix ans déjà. Eh oui, ce mois-ci, ça fait 10 ans que j’ai entamé ma carrière de comédienne. Ça mérite un article de blogue, moi je dis! Dix ans déjà de mon retour au Québec après quelques années passées en Europe, dix ans depuis mon tout premier contrat Union des artistes, soit le rôle muet d’une prisonnière dans l’opéra Aïda, dont la dernière représentation fut le 3 juin 2006 à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Contrairement à trop de rôles clichés qu’on avait pu m’attribuer lors de mes études dans le passé, puis-je vous dire que je n’ai point rechigné à l’idée de jouer la Noire de service pour cette ultime fois. Moi qui partais de zéro, 13 crédits UDA d’un coup me furent accordés! Je fus la meilleure esclave de la vie lors de ce passage sur scène de 10 minutes X 6 représentations! Vision mondiale style! «Costume Elizabeth Anne : habit de guenilles», pour reprendre le terme apposé au-dessus de mon miroir de loge. Sans déconner.

Alors que je viens d’écrire ce passage concernant les 13 crédits, je sais pertinemment que quelques-uns ont pensé : «chanceuse!» ou encore : «pas de danger que ça m’arrive!» ou une variante du genre (je m’exprimais ainsi autrefois).

Dès l’âge de 15 ans, je faisais la navette entre Québec à Montréal, avec ma généreuse mère, pour travailler sur les plateaux de tournage en figuration, dans le seul but de me rapprocher de ce que je savais déjà que je voulais faire comme métier: devenir comédienne. Même si bien sûr j’ai parfois focalisé sur autre chose durant certains segments de ma vingtaine, il demeure que mes années d’expérience artistique se sont résumées pendant très longtemps à de la spécialisation comme figure d’arrière-plan non créditée. Et je ne vous parle pas en détail de mes périodes de galère à tous niveaux. Il y a eu du beau. Mais plus de galères que de beau. Et c’est à l’âge de 27 ans, en 2006, que la vie m’octroie mes premiers crédits syndicaux. Enfin, le petit pas de plus! Le coup de pouce qui me permit de continuer… en fait, de vraiment commencer.

Ce que je veux dire, c’est que nous n’avons aucune idée du vécu des autres, donc il vaut mieux ne pas se comparer. Je ne crois pas en la chance. Je crois en la persévérance, mes amis! Je crois en faire ce qu’on ne pensait pas conçu pour nous. Je crois en faire, tout court. Je crois en se donner les moyens. C’est ce qui fait en sorte que l’on devient un jour au bon endroit au bon moment. Il n’y a pas de privilégiés (le seul privilège est d’être en santé mentale ou physique). Il n’y a pas de hasard. Ou plutôt, je préfère croire ceci puisque ça me positionne comme unique responsable de ma vie. On le devient, privilégié, en soignant ses pensées, en développant son amour-propre et en rejetant, le cas échéant, les idéologies et croyances limitantes inculquées dès l’enfance dans les milieux où nous avons grandi. Personne n’est damné à moins qu’il se sache damné. 

Je crois donc au dépassement personnel. C’est pas mal de ça qu’il est question, en fait, dans tout ce cheminement de carrière d’artiste. Parce qu’il faut y croire. Il faut se croire. Blâmer où nous en sommes à l’heure actuelle ne nous aidera jamais à nous rendre où l’on veut être. J’ai personnellement opté pour me croire, pour prendre ma place dans ma propre vie. Je n’essaye pas d’être comédienne : je le suis. Je n’essaye pas que ça fonctionne : ça fonctionne. Je suis dans la game. J’en suis là où j’en suis, mais je suis dans la game. Tant mieux pour ceux qui ont commencé 15 ans après moi et qui ont déjà décroché multiples contrats majeurs. Je suis moi. Chacun son rythme. De toute façon, je suis unique, à l’instar de tous. Ce pour quoi il n’y a pas de réelle compétition. À nous de trouver notre lumière. 

Peu importe que certains aiment à penser qu’on «essaye», et ce, parce qu’ils ne nous voient pas à la télévision en rôle principal, ou parce qu’ils savent peu de tous les possibles du métier d’acteur. Et peu importe que d’autres se réconfortent dans leur mal-être en minimisant tout ce que nous mettons en branle, ou encore en mettant en doute l’étendue de notre talent. Leur jalousie leur appartient.

Mon objectif de la dernière décennie fut autant de devenir une meilleure artiste dans le développement des compétences et de la polyvalence, qu’une personne plus outillée au niveau mental. Le chemin n’est pas fini, mais je peux dire que j’aime ma vie. C’est en effet assez notoire pour moi, ancienne dépressive, de pouvoir déclarer : j’aime ma vie! Et j’ai toujours plus de petits papiers barbouillés de notes à plier en quatre et à mettre dans mon pot Masson à bonnes nouvelles!

Nous sommes les seuls à pouvoir nous octroyer de la valeur. Ça ne viendra jamais des autres. J’ai décidé de m’octroyer de la valeur en tant qu’artiste maintenant, sans attendre d’avoir atteint mes plus hauts objectifs de carrière. Et surtout en faisant fi de l’opinion des autres : le bout le plus ardu, l’une des peurs les plus courantes. C’est en annihilant cette peur que j’ai pu me lancer en affaires récemment, démarrer mes services utiles à certains artistes en herbe et jeunes professionnels. J’ai quelque chose à partager et je peux aider les autres tout de suite. Oui, certains «autres» qui résonnent à ce que je raconte ou qui ont besoin de ce que j’ai forgé depuis 10 ans, qui ont besoin de mes forces. Quel sentiment merveilleux! Cela donne un sens fou à mon passage sur Terre. Je comprends désormais que c’est ce qui devait être fait. 

Donc, si nous admettions que la vie est bonne et que nous en sommes aujourd’hui à l’endroit où nous avons besoin d’être? Et si nous étions certains que sans l’ombre d’un doute nous arriverons un jour là où on le désire? Que ressentirions-nous face à cette certitude? Connectons-nous à ce sentiment maintenant, puisque la vie nous donne principalement ce à quoi nous pensons et ce que nous émettons comme énergie.

Par moment, il peut être bienfaiteur de jeter un œil dans le rétroviseur et constater l’ampleur du chemin parcouru. C’est chaque avancée qui donne envie de ne pas abandonner. C’est peut-être un effet du gain en maturité, je ne sais pas, mais je n’ai plus une once d’énergie pour me flageller. Je suis apaisée. Je regarde donc en arrière et je suis fière. Je suis fière de mes premiers 10 ans de carrière, et je les souligne. Tellement de choses se sont passées, mais j’ai néanmoins le sentiment que ça ne fait que commencer. 

Je n’ai nul doute que le meilleur est à venir. J’ai hâte à la suite.

 

«L’argent seul n’amène pas le succès. Le succès, dans sa forme la plus élevée et la plus noble, demande la paix de l’esprit, la joie et le bonheur qui viennent seulement à l’homme qui a trouvé le travail qu’il préfère   - Napoleon Hill

 

 

Texte de : Elizabeth Anne

www.ElizabethAnne.ca